Responsable scientifique : Jérôme Bourbousson, MC-HDR

Les travaux développés dans ce thème appréhendent : i) les processus de production de comportements collectifs coordonnés et de performances d'équipes, ii) les mécanismes d'apprentissage collectif en situations de coopération.
L'originalité de ces travaux tient à leur focalisation sur les ajustements interpersonnels, dans leurs dimensions dynamiques, situées, et auto-organisées. Les approches subjectives de la cognition collective sont enrichies par des approches comportementales qui permettent, ensemble, la description de différents niveaux d'analyse (e.g., individuel, relationnel, collectif).

Objectifs scientifiques

Au-delà de la production de mouvements coordonnés à l'échelle de l'individu (thème 2), certaines situations nécessitent que les individus se coordonnent entre eux, pour des besoins de coopération, ou pour faire face à la complexité d'une tâche qui dépasse les capacités individuelles. Comprendre les mécanismes inhérents à la cognition collective constitue un enjeu scientifique transdisciplinaire. Les situations sportives offrent des conditions privilégiées pour l'étude d'un large éventail de phénomènes, notamment liés à la production de diverses formes d'intelligence collective, au développement de compétences à accomplir des tâches collectives complexes, et/ou aux relations entre coopération et apprentissage d'habiletés motrices.
Des controverses scientifiques importantes existent dans la littérature concernant l'approche de la cognition collective (Roe et al. 2013). Schématiquement, deux paradigmes classiques s'opposent. Le premier appréhende la cognition collective en étendant les cadres d'analyse de la cognition individuelle (i.e. l'homme comme système de traitement de l'information) à l'analyse du fonctionnement des équipes. De ce point de vue la cognition collective résulte du partage par les membres d'une équipe de schémas mentaux identiques (e.g., un « référentiel commun ») (Cannon-Bowers et al., 1993). Le deuxième appréhende le fonctionnement collectif à partir de concepts rendant compte de l'équipe comme un « tout » (e.g., un « superorganisme » ; Duarte et al. 2012), dont les propriétés ne peuvent pas se déduire de l'« agrégation » des cognitions individuelles. Le présent programme s'inscrit dans un paradigme alternatif relevant d'une approche « multi-niveaux » ; Kozlowski, et al. 2013). Cette approche considère la cognition individuelle comme émergeant d'un couplage acteur/environnement (y-compris social). Subséquemment, la cognition collective est conçue comme un processus dynamique d'ajustement interindividuel permanent, faisant émerger des formes collectives d'activité repérables aux niveaux cognitif et comportemental, et imbriquées dans différents niveaux d'organisation. Cette perspective permet de décrire comment les interférences locales entre activités individuelles font émerger des phénomènes collectifs, et inversement comment des phénomènes globaux contraignent les dynamiques interactives locales.
Nos travaux ont déjà permis de poser les bases de méthodologies originales d'analyse de la cognition collective, telle que l'articulation des données en première et troisième personnes (Sève et al., 2013*), la mobilisation de l'analyse des réseaux sociaux (Bourbousson et al., 2015*), ainsi que l'analyse multi-niveaux des phénomènes collectifs (Bourbousson et al., 2014*). La mise en œuvre de ces méthodologies nous a permis de fournir des explications nouvelles relatives à la production de performances en sport collectif (Bourbousson, et al. 2011*, 2012*, 2015*), et aux dynamiques coopératives d'apprentissage (Evin et al., 2013*). Dans le prolongement de ces travaux, notre programme de recherche visera à appréhender la cognition collective à partir d'une intégration plus systématique dans les analyses des dimensions subjectives et comportementales (e.g., spatiotemporelles) des ajustements interpersonnels, et/ou à partir de l'exploration de phénomènes cognitifs ciblés (e.g., communications verbales) susceptibles d'enrichir ces analyses. Au-delà de l'étude des situations naturelles, ils viseront également à développer les conditions expérimentales d'étude de certaines hypothèses relatives à la cognition collective. Ceci devrait permettre à terme de développer des modélisations mathématiques des ajustements interpersonnels humains et de leur processus, en vue de permettre leur transfert vers des systèmes de simulation numérique. Nous ambitionnons plus particulièrement de répondre aux questions suivantes :
  • Quels sont les différents modes de régulation qui sous-tendent l'émergence de comportements collectifs dans différentes situations (naturelles et/ou expérimentales) ?
  • Quels sont les « paramètres de contrôle » des comportements collectifs permettant de comprendre la plasticité de ces comportements ?
  • Quelle influence exercent les médiations sociales, matérielles et technologiques, sur l'activité collective coopérative et sur ses transformations au cours du temps (apprentissage collectif) ?

Enjeux sociétaux

Conjointement à leurs visées scientifiques, ces travaux visent l'amélioration des dispositifs d'entraînement sportif de la coopération interpersonnelle, ainsi que le développement de nouvelles technologies d'aide aux performances d'équipes. Ils visent également la conception de dispositifs d'apprentissage coopératif dans les milieux de l'enseignement et de la formation. Enfin, certains de nos travaux ambitionnent des applications dans le domaine de l'intelligence artificielle (e.g., implémentation de modèles de réalité virtuelle, ou en robotique).

Références

(1*) Bourbousson et al. 2014. Int J Sports Sci Coaching, 9(6), 1393-1406. (2*) Bourbousson, et al. 2015. Eur J Work Organ Psychol, 24 (5). (3*) Bourbousson et al. 2011. Ergonomics, 54, 120-138. (4*) Bourbousson et al. 2012. J Appl Sport Psychol. 24, 224-241. (5) Cannon-Bowers et al. 1993. In J. Castellan Jr. (Ed.). (pp. 221-246). Hillsdale, NJ: Erlbaum. (6) Duarte et al. 2012. Sports Med. 42(8), 633-642. (7*) Evin et al. 2013. Physical Education and Sport Pedagogy.  15, 109-119. (8) Kozlowski et al. 2013. Organ Res Methods, 1094428113493119. (9) Roe et al. 2012. Eur J Work Organ Psychol. 21, 629-656. (10*) Sève et al. 2013. Scand J Med Sci C Sports. 23(5), 576-584.